COMPRENDRE L’ESSENTIEL
« Pour une nouvelle Haïti »
Dans la conjoncture actuelle, dans l’aliénation historique qu’ont connues les peuples depuis la nuit des temps, seul un effort de lecture, de distanciation et d’honnêteté intellectuelle peut aider à comprendre l’essentiel, surtout en Haïti, ce petit pays jadis perle des Antilles métamorphosée en perle nue. Il n’est pas sûr que la tâche soit facilitée par les quintaux d’ouvrages érudits, passionnés ou romancés qui tenteront un jour d’expliquer à plus d’un cette nouvelle transition. Mais encore par ce journalisme rapide ou cet amas de matériaux qui prend le nom d’histoire immédiate.
Par ces moments d’incertitudes et de questionnements, l’heure n’est plus à la démagogie des
surenchères, ni à un ôte-toi que je m’y mette, l’heure est plutôt à la réflexion, pour mieux aborder les voies nécessaires au franchissement de l’impasse. Cette démarche pour le moins ambitieux nous permettra de rechercher avec sérénité les causes objectives de cette crise qui polarise depuis des décennies notre pays. Corrigez votre vocabulaire, conseillerait déjà Conficius à ceux qui voulaient réformer la chine. Ici, il s’agit non seulement du vocabulaire mais de tous les vocables, des organons comme du contenu, pour répéter Jacques Stéphen Alexis, parce que, l’urgence est à la compréhension. Comprendre pourquoi cette propension au négativisme et à l’autodestruction, se reflète dans le vécu de notre vie courante ? Il faut prendre également le temps de nous demander, pourquoi nous nous accoutumons toujours de situations incommandantes qui acquièrent une normalité surprenante, jadis, impensable ?
Aujourd’hui, toutes les forces vives de la nation doivent se rendre compte que le pays n’est pas celui d’il y a 60 ans. Soixante quinze pourcent (75%) des masses prolétariennes vivent sur les confins des mornes dénudés. Ignorantes et démunies, elles n’ont qu’une seule issue : se précipiter sur les villes et les bidonvilliser davantage. L’environnement s’est détérioré et continue de se dégrader à vue d’œil. Nos villes, dont Port-au-Prince, ne sont plus que bidonvilles grimpant à l’assaut des collines. La République de Port-au-Prince s’effondre sous le poids d’une pression démographique qui l’asphyxie. Les provinces délaissées ont perdu leur charme et leur fraîcheur d’antan et ne reçoivent plus que l’afflux de populations incultes et désoeuvrées. Ces
institutions, gardiennes de l’âme nationale sont en déliquescence. Le délabrement est total, la déchéance a détruit le prestige, le désespoir a éclipsé l’espoir. L’ingénieur architecte Gérard Fombrun, dans son livre intitulé « Pour que Renaissent le Prestige et l’espoir » a déjà compilé ces réflexions. A ce titre, il a fait un livre formidable qui mérite notre lecture.
Plus besoin de mentionner que les réflexions sus-citées ne se datent pas d’aujourd’hui. Toutefois, nous devons nous mettre d’accord qu’elles constituent pour nous tous un défi à relever.
Il est à préciser avant toute chose que le gouvernement de transition à lui seul, ne peut, dans l’espace d’un cillement résoudre tous les problèmes de ce pays. D’ailleurs, ce gouvernement dirigé par son Excellence Monsieur Gérard Latortue a hérité, tout le monde le sait et on ne cesse de le dire tout fort et bien haut, d’une institution fantôme qui, dans la réalité n’existait pas. Dieu merci, grâce aux efforts de nombreux citoyens travaillant tant du côté du gouvernement et de la société civile, l’équipe en place avec les maigres moyens dont elle dispose, commence à construire une citadelle de l’espérance.
Le plus vieux rêve des hommes de bonne volonté de notre pays
ont enfin un visage. L’histoire ne peut plus faire marche arrière et cette citadelle pour qu’elle soit réellement inébranlable et inexpugnable, nous devons cesser de pratiquer cette polarisation qui conduit le pays vers un suicide lent presque certain. Nous devons nous orienter de préférence vers l’essentiel. Aujourd’hui, l’Essentiel n’est autre que « l’union des Haïtiens ». Et, pour parvenir à cette unité nationale, nous devons nous mettre ensemble autour d’une table pour mieux communiquer avec l’autre. Il ne faut jamais oublier que la communication joue un rôle important dans la vie de l’homme, et c’est dans le cadre de la communication qu’on arrive à comprendre et à accepter l’autre. Autrement dit, l’ essentiel, c’est d’accepter de rentrer dans la dynamique du dialogue nationale initié par le gouvernement de transition. A travers une telle démarche, « Tout doit être remis en question et rien ne doit
être remis en cause». Partant de ce principe, la plus belle aventure de l’homme haïtien commencera pour le bonheur de ce pays.
Le Premier Ministre Gérard Latortue dans ses différentes interventions a toujours plaidé en faveur d’une réconciliation nationale. Il croit que c’est la voie idéale pouvant remettre tous les Haïtiens sur le même plan d’égalité. Nous n’irons nulle part, si nous n’arrivons pas à cette réconciliation, c’est le cri du Premier Ministre et de tout son gouvernement depuis leur installation, le 19 mars 2004. Et, selon le Chef de la Primature, cette réconciliation ne peut se faire que dans le dialogue. Ça, c’est l’essentiel !
Confiant aujourd’hui autant qu’hier, le gouvernement de transition entend faire du dialogue national son cheval de bataille pour laisser au prochain gouvernement, qui sortira sans doute des élections libres, honnêtes, transparentes et démocratiques, un environnement sécuritaire où chaque Haïtien se retrouvera allègrement.
Quelle belle et grande aventure, toutefois, de constater qu’après toutes ces années de désordre, de vol et de pillage les finances publiques sont assainies. Les institutions, malgré les problèmes d’ordre structurel, commencent à prendre véritablement leur vitesse de
croisière.
Aujourd’hui, plus que jamais, nous devons faire ce petit effort juste pour comprendre l’Essentiel. Ceci permettra à la beauté, à la vérité, à la justice et à l’humanisme de germer sur notre terre. Un jour viendra où les poètes de l’été et de toutes les belles saisons pourront jouir de l’abondance de la récolte.