Allocution du premier ministre Gérard Latortue
A l’ouverture de la table ronde sur la francophonie
Monsieur le Secrétaire général de l’Organisation Internationale de la Francophonie,
Mes Chers collègues du Gouvernement,
Mesdames, Messieurs les Représentants du Corps
Diplomatique et Consulaire,
Mesdames, Messieurs Membres du Conseil des Sages,
Mesdames, Messieurs Membres du Conseil Electoral,
Mesdames, Messieurs les Représentants des partis politiques,
Mon premier mot c’est de saluer la présence dans cette salle de presque tous les partis politiques représentatifs de l’ensemble de la classe politique haïtienne parce qu’après tout, la réunion de ce jour, c’est une réunion que nous avons organisée, pour eux, pour qu’ils puissent se parler, s’entendre sur les grandes orientations à donner à la nation haïtienne, non seulement pendant la transition mais aussi au-delà de la transition.
Cette table ronde aujourd’hui est extrêmement opportune dans la mesure où chez nous il y a encore des différences de vues parmi nos hommes politiques, entre l’organisation de dialogue national ou l’organisation d’une conférence nationale. A la radio ça commence à m’amuser quand j’entends les opinions très fermes exprimées essayant de justifier comme étant la seule alternative, si on veut vraiment discuter des problèmes du pays. Comme l’a rappelé très justement le Président Diouf, il n’y a pas de modèle clé en main. Et, c’est pour ça que je suis très heureux, que dans le programme de ce jour, nous retrouvons à la fois, Me. Robert Dossous. D’ailleurs, je suis heureux de le retrouver après plus de 30 ans, nous avions l’occasion de travailler ensemble quand j’étais en poste au Togo et lui qui était le Président du Comité d’Organisation
de la Conférence des Forces Vives du Bénin. Et dans le même panel on va retrouver le Pasteur Isaac Zokoué, qui était lui-même le Président du Dialogue National et aussi du Conseil des Sages de la République Centre Africaine.
J’ai l’impression que la réunion d’aujourd’hui et cette table ronde va nous donner l’occasion de voir que, nous autres haïtiens, nous avons encore beaucoup à partager avec d’autres peuples qui ont connu des problèmes comparables aux nôtres, qui ont fait face à des défis, parfois aussi grands, aussi difficiles que ceux auxquels nous faisons face aujourd’hui. Alors, c’est aussi important pour nous et l’opportunité de la réunion c’est que nous tenons ces discussions à la
veille du lancement des opérations électorales parce qu’il faudra bien au moment où nous allons aux élections que certaines idées soient clarifiées et que tous nous nous trouvions plus ou moins sur la même longueur d’ondes quand il s’agit d’identifier les grands problèmes auxquels fait face la nation et, surtout d’identifier les obstacles que nous avons rencontrés tout au long de notre histoire, obstacles qui expliquent le niveau de stagnation économique et sociale de la nation haïtienne.
Je me réjouis surtout du fait que tout ceci est organisé sous les auspices de l’Organisation Internationale de la Francophonie parce que la vie m’a appris, l’expérience m’a appris que pour bien avancer, il faut avoir
principalement autour de soi des partenaires qui nous connaissent, qui nous aiment, qui participent et qui partagent avec nous un héritage culturel commun. Dans ce sens, personnellement et au nom du gouvernement, je voudrais exprimer la gratitude du peuple haïtien à l’Organisation Internationale de la Francophonie et à son Secrétaire Général, le Président Diouf, de venir nous accompagner en ces temps difficiles parce certainement avec vous autres de la Francophonie il y a des réalisations que nous pouvons faire beaucoup plus rapidement.
Je pense en particulier à deux domaines dans lesquels nous allons avoir besoin pendant les mois qui viennent d’un apport très très très important de la Francophonie.
D’abord dans le domaine de la justice, nous faisons face à des problèmes qui deviennent de plus en plus intolérables. Une lenteur de la justice que rien ne peut expliquer aujourd’hui et qui maintient en détention préventive pendant des mois et des mois des prévenus. Nous devons moderniser nos structures de la justice, et qui mieux pourrait nous aider si ce ne sont pas nos amis de la Francophonie qui ont le même héritage, l’héritage du Code Napoléon, et nous comptons beaucoup sur nos amis de la Francophonie pour pouvoir nous aider à faire avancer la justice, surtout à une perception de la justice qui ne laisse pas voir que nous en Haïti nous sommes les complices d’une justice qui ne serait pas égale pour tous.
Nous allons aussi avoir besoin de la Francophonie dans le domaine de la police et de la sécurité pour la formation de nos policiers. En Haïti, aujourd’hui, il nous faut des policiers qui comprennent le français, qui peuvent comprendre le créole. J’y pense parce que deux ou trois jours, j’étais encore à Cayenne et je revoyais tous ces policiers français de la Guyanne mais qui parlaient créole comme nous. Je crois que c’est important pendant les mois qui viennent et surtout de septembre à décembre, si à travers la francophonie, nous pouvions obtenir un renforcement de l’effectif de la police afin de nous permettre de bien contrôler le déroulement des joutes électorales. Quand je parle de la francophonie et c’est là que je dirais la beauté de la francophonie, c’est la diversité culturelle. La France, le Canada, le Bénin, le Sénégal, jusqu’à Madagascar. En plus, la francophonie, je disais
l’autre jour à l’ancien Président de Madagascar, que Madagascar a quelque chose de commun avec nous. C’est une île, comme nous, et on dit toujours que les îlois se ressemblent beaucoup même quand ils viennent des îles britanniques.
Alors, Mesdames, Messieurs, je suis heureux de saluer tous les membres de la délégation qui accompagnent le Président Diouf. Je salue, en particulier, non seulement les amis mais aussi les collègues que j’ai eu l’occasion de connaître à travers les
années aux Nations Unies et je suis très heureux de saluer la présence de l’Ambassadeur Priaté ici présent, Représentant de la Francophonie en Côte-d’Ivoire. Je suis tellement heureux que vous puissiez être avec nous en Haïti et partager avec nous votre expérience. Je suis sûr que la communication que vous présenterez sur le suivi des accords de paix et des forums de réconciliation nationale. Comment la communauté internationale pourra nous aider sera d’une grande importance pour nous parce que la réconciliation nationale ça doit être un objectif prioritaire pour nous en Haïti. C’est un objectif pour le gouvernement, mais c’est aussi un objectif pour la nation qui attend cette réconciliation nationale. Vous savez que ça va beaucoup vous frapper, quand je suis revenu en Haïti après quelques années, je me suis rendu compte que parfois des hommes et des femmes sont d’accord à pratiquement à 60 - 70%, parfois à 80%, mais parce qu’il y a un
désaccord sur 10, 15 ou 20%, ils se considèrent comme des ennemis. Alors que s’ils avaient commencé à travailler sur la base de 60 – 70% qu’ils ont en commun, ils pourraient découvrir au fil du temps qu’ils peuvent faire encore beaucoup plus.
Je compte sur vous pendant cette journée pour essayer de nous aider à faire passer ce message de la réconciliation nationale. Haïti n’ira nulle part si nous continuons à croire que nous avons raison, les autres ont tort. Que nous
avons le bon droit de notre côté, les autres sont des bandits. Il n’y a plus de place en Haïti pour moi, d’un côté les bons, de l’autre côté les mauvais. Cette présentation maliquinique des choses est mauvaise et constitue un empêchement au développement d’Haïti au bonheur du peuple haïtien.
Au niveau du gouvernement nous faisons ce que nous pouvons. Je peux vous dire à vous tous, ici présents, représentants des partis politiques, Représentants du Monde Diplomatique,
nous faisons face à des contraintes extraordinaires, et parfois en tant que responsables politiques, nous ne pouvons pas aller à la radio pour publiquement parler de certaines de ces contraintes, nous les subissons en silence, essayant de trouver des solutions pas toujours accessibles et, surtout pas toujours accessible du jour au lendemain et il faut du temps pour avancer.
Je compte sur vous, chers amis, membres de la délégation du Président Diouf pour accompagner nos frères haïtiens dans la recherche de ce dialogue, dans la recherche de la réconciliation nationale, dans la recherche de la paix parce que les seuls vrais obstacles au développement en Haïti, c’est le fait que nous n’arrivons pas à nous
entendre. Haïti a des ressources potentielles, Haïti a des ressources humaines, Haïti peut compter sur la communauté internationale de telle façon en moins de dix ans, nous pouvons changer complètement la face de ce pays si seulement nous nous entendons.
Sur ces mots, je déclare ouverte cette table ronde sur les transitons démocratiques dans l’espace francophone.